Haïti : après Sandy, la société civile s’organise pour faire face

Le 24 octobre, le passage de l’ouragan Sandy a provoqué 3 jours de pluies et de vents extrêmement violents. Le volume d’eau a fait déborder les rivières, ce qui a déclenché de très graves inondations. Alors que New York était sous le feu des projecteurs, le passage de Sandy en Haïti est passé inaperçu dans les médias. Pourtant le bilan est lourd, à tous les niveaux.

Sandy : le bilan
Le bilan des pertes humaines est très lourd : 54 morts, une vingtaine de personnes portées disparues et 1,6 million de personnes affectées. Les dommages matériels sont eux aussi colossaux, estimés à 5 millions d’euros selon le dernier bilan communiqué par la protection civile haïtienne. Mais ce sont sans doute les destructions causées sur l’agriculture qui auront les plus graves conséquences. Selon un responsable du ministère de l’Agriculture, l’ouragan a détruit 70% des récoltes dans le sud d’Haïti.

La sécurité alimentaire menacée
L’ouragan est survenu en pleine récolte, privant de nombreuses familles de leurs ressources. Les aliments manquaient déjà avant l’arrivée de ces fortes pluies : selon un rapport de Jean-Baptiste Chavannes, directeur du MPP, la saison des pluies a commencé très tôt dans certains départements alors que la sécheresse sévissait dans le Nord et le Nord-Est. Il n’a pas été possible d’y semer du riz, des haricots et du maïs, et les cultures comme la banane, l’igname ou le manioc ont péri. "Les gens souffrent de la faim dans une commune comme l’Acul du Nord qui est généralement un grenier", donne-t-il en exemple.
Cela va bien sûr avoir de graves conséquences sur les prix : selon Garry Mathieu, directeur du Conseil national pour la sécurité alimentaire (CNSA), "dans les prochains jours, il y aura une réduction de la disponibilité alimentaire locale, ce qui va entraîner une hausse des prix des produits de base."
En 2012, la production agricole a été affectée soit par la sécheresse, soit par les eaux. Les familles sont décapitalisées, la grande majorité ne peut pas acheter de semences pour essayer de relancer la production agricole au cours de la prochaine saison qui commence pour les haricots au cours des mois de novembre et de décembre.

Que fait le gouvernement ?
Des tentatives de compensation matérielles sont mises en place : des semences vont être distribuées aux agriculteurs, et une subvention pour des travaux de labourage et de curage des systèmes d’irrigation est envisagée. Des programmes d’achats locaux sont aussi mis en place au ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (Marndr) en vue de permettre la circulation des produits alimentaires nationaux pour pouvoir agir sur leurs prix. Le ministre explique que des discussions sont engagées avec divers partenaires, pour maintenir les prix des produits alimentaires à un niveau satisfaisant sur le marché national. Mais il manque des solutions de fond : selon Thomas Jacques du Marndr, "l’une des faiblesses de notre système est l’absence d’une politique d’assurance agricole", ce qui rend difficile toute indemnisation des paysans.

Le changement entre les mains de la société civile
Les actions menées par le MPP visent une agriculture respectueuse de son environnement et un meilleur contrôle des techniques agricoles. Rappelons qu’après le séisme de 2010, de nombreux citadins ont migré vers les campagnes : 150 000 sinistrés de Port-au-Prince sont arrivés et le MPP leur avait alors porté assistance. Ils avaient été pris en charge par les communautés et avaient bénéficié des techniques agricoles mises en place.
Selon Caroline Albenesius, volontaire de Frères des Hommes sur place, le Plateau Central, a été épargné. Hormis de très fortes pluies, qui ont au contraire été bienvenues pour les cultures, l’ouragan n’a pas eu de conséquences sur cette région. Mais c’est malgré tout l’occasion de rappeler l’importance du rôle de la société civile et de l’attention portée aux problèmes de l’eau et de l’érosion, pour limiter les conséquences d’un tel phénomène. Cette fois encore, Jean-Baptiste Chavannes, sollicité par des organisations paysannes, dresse un bilan global des conséquences de la catastrophe afin d’appeler à une aide d’urgence. Cette aide est essentielle pour relancer la production agricole (végétale et animale) particulièrement à l’Ouest, au Sud, dans la Grande Anse, mais plus généralement dans tout le pays. Frères des Hommes va, dans les prochains jours répondre à cette demande et apporter son soutien au MPP en lançant un appel à la générosité du public.

Et pour le long terme... le MPP préconise :

  • une réforme agraire intégrale ;
  • un programme permanent de réfection et de protection de l’environnement ;
  • un programme massif de reforestation dans un plan agrosylvicole [1] ;
  • un programme d’aménagement du territoire ;
  • un programme permanent de construction d’infrastructures agricoles.

[1agrosylviculture : utilisation d’une terre simultanément ou successivement pour les cultures et les produits forestiers

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