Grâce au programme de renforcement économique d’ActionAid, Lucita construit un meilleur avenir pour ses enfants

Selon les données officielles, 49% de la main-d’œuvre rurale dans l’agriculture en Haïti sont des femmes. Pourtant, ce sont elles qui souffrent le plus du coût élevé des aliments, des autres biens essentiels et de l’accès aux services et des marchés de base. Dans les communautés rurales, la situation des femmes est encore plus difficile, surtout celles dont le statut économique est faible. En plus de la précarité économique, elles sont également exposées aux violences conjugales et aux agressions sexuelles qui les placent dans un état de vulnérabilité voué à être répété par la génération suivante. Par conséquent, les opportunités économiques et de subsistance sont rares pour cette catégorie. La réponse d’ActionAid Haïti, et ses partenaires locaux dans les zones rurales où ils interviennent, a été d’autonomiser les femmes par le biais d’activités génératrices de revenu permettant à ces dernières d’avoir une rentrée régulière pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles.

Dans le programme de renforcement économique des femmes, la distribution de prêts et de semences servent de base au plaidoyer pour la mise en place d’initiatives de soutien aux femmes, en particulier celles en situation de vulnérabilité extrême dans les zones rurales. En 2019, grâce au financement d’ActionAid Haïti, 133 femmes de Juanarya, la première section communale de Hinche dans le département du Centre, ont obtenu des prêts pour se lancer dans des activités économiques.

Bien que la culture haïtienne soit patriarcale, les femmes qui travaillent dur sont saluées pour leur courage par différentes appellations telles que « Fanm Djanm » ou « Fanm Vanyan », qui signifient essentiellement une femme travailleuse, cheffe de famille qui sait comment se démener pour répondre aux besoins de sa famille. Mais il y a une désignation qui les surpasse toutes, Poto Mitan, qui signifie que les femmes sont les piliers de la société.

L’histoire de Lucita, mère célibataire de quatre enfants qui vit à Juanarya, peut être considérée comme celle d’une femme Poto Mitan. Sa principale activité est le commerce. Elle fait partie de ces femmes appelées communément en Haïti, Madan Sara, une femme qui vend des marchandises de marchés en marchés. "Je n’ai pas le temps d’être à la maison, surtout pendant la journée, je dois aller arpenter les rues", dit Lucita avec confiance et courage dont elle seule a le secret. Grâce au financement d’ActionAid,le Mouvement Paysan Papaye (MPP) dans le département du Centre travaille régulièrement avec des groupes de femmes pour les sensibiliser contre la violence à l’égard des femmes par le biais de sessions d’information, mais aussi pour les aider à acquérir un pouvoir économique qui leur permettent de subvenir aux besoins de leur famille.

Lucita fait partie de ces groupes de femmes. Elle sillonne les marchés pour acheter des marchandises qu’elle revend plus tard dans d’autres régions grâce aux prêts obtenus auprès de MPP. Mais la vie de Lucita n’a pas toujours été satisfaisante. Après avoir eu son quatrième enfant, il y a 7 ans, son compagnon l’a abandonnée pour se marier avec une autre femme. Depuis lors, elle est le seul soutien économique dans sa famille. "Cela n’a pas été facile pour moi. Je cherchais n’importe quoi à vendre, des fruits ou des feuilles médicinales. Mais ce que je gagnais pouvait à peine payer l’école et mettre quelque chose sur la table chaque jour. C’était très dur. J’avais tellement honte quand je ne pouvais pas payer correctement l’école pour mes enfants ou quand je voyais mes enfants aller au lit le ventre vide parfois. J’étais bouleversée et déprimée, surtout après que leur père s’est marié avec une autre femme. Je ne comprenais pas pourquoi il ne s’occupait plus de nous, mais grâce au groupe de femmes, j’ai retrouvé de l’espoir pour ma famille".

Les agents du MPP enquêtent auprès de la communauté pour inscrire les femmes cheffes de famille et leur accordent des prêts pour consolider leurs activités agricoles ou créer de petites entreprises. Le processus comprend des sessions sur les droits des femmes et des formations sur la gestion des entreprises et des prêts. En 2017, Lucita a reçu un prêt de 10 000 gourdes à rembourser en 10 mois par petits montants. Elle a utilisé ce prêt avec succès pour acheter des marchandises à revendre sur les marchés de la région. Bien que les déplacements d’un endroit à l’autre présentent des risques, être une Madan Sara a été jusqu’à présent une activité gratifiante pour Lucita. En dépit des voyages fatigants, elle trouve toujours le temps de participer à des sessions sur la gestion de prêt et la violence à l’égard des femmes, afin de prendre conscience des abus dont sont victimes les femmes rurales et d’être informée des actions de prévention.

« Je me souviens de ce que j’ai appris pendant la session sur la façon de faire des bénéfices avec le prêt. Je vends des fruits qui sont rares à trouver ; je les vends à un prix plus bas avant qu’ils ne pourrissent. De cette façon, je peux aller sur un autre marché pour acheter d’autres produits à revendre le même jour » raconte Lucita fièrement qui a réussi à construire une nouvelle maison dans la banlieue de Juanarya pour sa famille. Ses économies lui ont permis de payer la formation de son aîné qui est maintenant charpentier et aide son plus jeune fils à devenir charpentier aussi pendant qu’il est à l’école. « Je peux vendre des sacs d’oranges, de mangues, de poivrons jusqu’à 400 gourdes chacun et gagner 100 gourdes sur chacun d’eux après avoir éliminé les coûts de transport. J’utilise un âne afin d’économiser de l’argent sur les taxis moto. J’essaie d’économiser de l’argent sur tout au cas où nous aurions un problème comme la maladie ». Au fil des mois, Lucita est devenue une Madan Sara intelligente, cherchant chaque jour de meilleures façons de tirer profit du prêt qu’elle a reçu et construit un meilleur avenir pour ses enfants. Elle gère actuellement son deuxième prêt et espère pouvoir ouvrir bientôt une boutique chez elle pour vendre des marchandises lorsqu’elle ne peut pas se déplacer.

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