Des conférences engagées

Le mardi 19 fut consacré à la réflexion. 10 conférenciers sont intervenus pour parler successivement de la souveraineté nationale, de la souveraineté alimentaire, de l’accaparement des terres et de la réforme agraire intégrale, des conditions d’exploitation dans les mines, et enfin de la participation des femmes et des jeunes dans le changement social.


Michel Soukar et Michèle Pierre Louis ont ouvert la série de conférence avec une intervention sur la souveraineté nationale en Haïti. L’occasion de rappeler les moments clé de l’histoire de l’indépendance du pays et de réfléchir sur les perspectives d’avenir pour Haïti dans le nouveau système mondial. La souveraineté nationale est née avec l’indépendance, indépendance qu’Haïti a payée cher (embargo commercial, dettes…). A partir du 21e siècle la question de la souveraineté fait face à de nouveaux questionnements avec les grands marchés communs, les nouvelles technologies et l’interconnexion (surtout économique) permanente entre tous les pays du monde. Le pouvoir aujourd’hui n’est plus aux mains des chefs politiques mais aux mains des grosses entreprises mondiales. Pour Michel Soukar, « on ne peut pas réécrire l’Histoire, mais on peut décider comment écrire la suite. »

Jean-Baptiste Chavannes a ensuite parlé de la souveraineté alimentaire et a rappelé l’importance du rôle des paysans et de l’agriculture biologique pour nourrir un pays. « C’est le rôle des paysans de produire et donner la vie. »

Puis ce fut au tour de João Pedro Stedile du MST, de l’économiste Camille Chalmers et du directeur national de l’institut de la réforme agraire en Haïti (INARA) de réfléchir au problème de l’accaparement des terres. Quel type de réforme agraire nous faut-il ? Les intervenants ont fait de nombreuses propositions, telles que garantir l’accès à la terre aux paysans, préserver la terre (sans produits chimiques), parvenir à l’autosuffisance dans la production, une meilleure conservation de l’eau. « L’objectif de la réforme agraire est de donner le contrôle de la terre aux paysans. » Pour Camille Chalmers, il est important de connaître les offensives menées contre les paysans pour pouvoir les combattre. Partout, les multinationales récupèrent les terres. Actuellement en Haïti les projets dominants sont l’axe « open to business », qui est la porte ouverte aux investissements étrangers, le tourisme de luxe, et les zones franches qui sont toujours sur les zones les plus fertiles (privatisations). La difficulté selon lui, c’est que « les mouvements paysans sont souvent localisés et n’ont jusque là pas réussi à tisser des alliances stratégiques avec les autres secteurs. »

Un témoignage sur l’exploitation minière en République Dominicaine et en Haïti a ensuite beaucoup touché le public. Il existe officiellement 7 sites d’exploitation minière, 6 en République Dominicaine et 1 en Haïti, mais il y en a en réalité beaucoup plus. Pour chercher l’or non visible, les compagnies utilisent des produits chimiques comme le plomb, le mercure, ou encore le cyanure. Ces méthodes d’exploitation ont des conséquences désastreuses sur l’environnement (l’extraction de 4 g d’or produit 20 tonnes de déchets toxiques) et surtout sur la population (contamination de l’eau, maladies graves, malformations, mort). Actuellement le président Martelly a déjà signé 3 contrats d’exploitation avec des sociétés minières…

Colette Lespinasse et Danielle Magloire ont ensuite rappelé que les femmes en Haïti travaillent beaucoup et souvent dans de mauvaises conditions. Elles ont aussi souligné les inégalités qui existent encore entre hommes et femmes notamment dans le partage des tâches ménagères et dans le partage des terres familiales. Mais elles rappellent surtout qu’ « il n’y a pas de changement possible en Haïti sans les femmes ! »
Anna , une jeune dominicaine, et Annette, une jeune haïtienne, ont quand à elles réaffirmer la nécessité pour les jeunes d’être fiers d’être paysan, et de se former politiquement et économiquement pour faire évoluer les choses. Les jeunes ont des outils de communication comme les portables ou facebook, qui ont déjà fait la preuve de leur efficacité lorsqu’ils sont utilisés pour se soulever et s’organiser. Annette résume ainsi : « Un jeune est comme une mangue, il lui faut grandir et murir, pour pouvoir prendre des décisions pour le pays. Il a donc besoin d’encadrement, d’éducation. Il faut un projet de société pour que le changement soit possible. »

Cette journée a était riche en connaissance, et en échanges, car chaque intervention était suivie des réactions et des questions des participants pour approfondir les débats. Mercredi, la journée se déroulera aussi sous le signe de la réflexion : 30 groupes débattront et réfléchiront sur les conférences du mardi.

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