Dans les communautés rurales, le manque d’eau pèse sur le quotidien des femmes

Denise, 36 ans, vit avec ses trois enfants à Savane Haleine, une petite localité de Juanarya, première section communale de Hinche. Comme activités, elle vend de la nourriture et cultive un petit lopin de terre. Mais travailler la terre est vraiment difficile pour cette mère célibataire. La vente de nourriture est le meilleur moyen pour elle de gagner de l’argent afin de payer les frais de scolarité de ses enfants et répondre aux besoins primaires de sa famille. « J’ai commencé avec la vente de plats de nourriture après avoir perdu de nombreuses récoltes en raison d’une sécheresse prolongée dans la zone. Mais l’approvisionnement en eau pour préparer la cuisson était toujours un problème. La communauté n’avait pas de points d’eau », nous a confié Denise.

L’accès à l’eau potable est depuis quatre décennies un problème crucial en Haïti. Il s’est aggravé après l’apparition de la maladie du choléra qui a fait des dizaines de milliers de victimes en 2010. Le manque d’accès à l’eau potable frappe encore plus les personnes vivant dans les zones rurales, bien qu’elles aient accès aux ressources naturelles. D’autant plus que ces personnes vivant dans les milieux ruraux sont menacées par les aléas du changement climatique et l’irrégularité de la saison de pluies.

A Savanne Haleine, 45% à 52% de la population n’ont pas accès à l’eau potable. La population dépend généralement de l’eau souterraine pour les besoins quotidiens, ce qui provoque souvent des maladies d’origine hydrique. Pendant la saison de sécheresse, les femmes et les filles sont souvent responsables de l’approvisionnement d’eau dans la maison. Elles doivent parcourir de longues distances pour accéder aux ruisseaux qui ne sont pas affectés par la pollution humaine et les déchets animaux afin de recueillir de l’eau potable. « Je devais me lever à l’aube pour aller chercher de l’eau au ruisseau où l’eau est potable. C’est un petit ruisseau où plusieurs personnes font la queue pour remplir leurs seaux et leurs gallons. Parfois, une simple dispute peut mener à une bagarre. C’est pourquoi je n’y allais jamais avec mes enfants », se souvient Denise
Les femmes rurales sont les premières affectées en cas de problèmes d’accès à l’eau potable. Non seulement elles doivent parcourir plusieurs kilomètres pour s’en procurer mais en cas de maladie hydriques, il revient aux femmes de prendre soin des membres de leurs familles. « Boire l’eau de la rivière était risqué ; l’eau est généralement infestée de têtards, d’ordures et de déchets d’animaux. Parfois, j’utilisais des comprimés pour la traiter, mais quand je n’avais pas d’argent, je n’avais pas d’autre choix que de la boire ainsi que mes enfants. Je me souviens que mes enfants et moi étions tombés malades juste après que nous avions consommé de l’eau collectée à la rivière. Nous avions des maux de ventre atroces. Je m’étais remise vite de l’infection, cependant mes enfants en avaient souffert terriblement ; mes aînés se sont rétablis des semaines après et mon dernier, des mois. J’étais dévastée et découragée. J’ai dû vendre mes chèvres pour les faire soigner. Je n’avais plus d’économies pour relancer mon activité de commerce alimentaire ».
Lors d’une réunion communautaire organisée avec son partenaire local Mouvement Paysan Papaye (MPP), des membres de la communauté de Denise avaient exprimé le besoin de creuser un puits et d’installer une borne-fontaine pour fournir de l’eau potable dans la zone. Après six mois, une borne-fontaine a été installée avec le financement d’ActionAid. L’eau est devenue disponible à des centaines de ménages. « J’étais très contente d’avoir de l’eau à côté de ma maison. Cela signifiait qu’il n’était plus nécessaire pour moi de parcourir de longues distances à la recherche d’eau. L’eau était potable et gratuite. Après l’installation, ils ont organisé plusieurs réunions pour nous guider sur la façon de gérer le système d’eau avec la contribution de tous. Chaque famille verse 10 gourdes mensuellement au comité de gestion pour l’entretien de la borne-fontaine. Je suis tellement heureuse et reconnaissante d’avoir de l’eau potable pour préparer de la nourriture à vendre. Mes enfants ne risquent pas d’être infecté. J’ai pu faire des économies pour acheter du bétail à nouveau », s’est réjouie Denise avec un sourire radieux.

ActionAid Haïti plaide pour une meilleure utilisation et répartition des ressources naturelles et l’accès des communautés aux services de base. Avec ses partenaires, elle appuie les communautés à s’engager dans la gestion des ressources locales pour de meilleures conditions de vie tout en encourageant l’implication des autorités placées à cet effet. Avec son partenaire local dans le Département du Centre, le Mouvement des Paysans de Papaye (MPP), ActionAid Haïti a installé six puits potables et a construit un captage d’eau à Juanarya au profit de plus de 10,000 habitants.

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