Activités de La Vía Campesina Haïti autour de la journée internationale de l’environnement le 5 Juin au tour du thème :

TERRE, SEMENCES NATIVES, BIODIVERSITÉ, CONSTITUENT LE CHEMIN DE LA VIE.

Rassemblement pour la Via Campesina
1 – CONTEXTE GÉNÉRAL.
Après le tremblement de terre du 12 Janvier 2010, Monsanto avait offert 400 tonnes de semences de maïs au gouvernement haïtien. Le MPP, membre de La Vía Campesina, avait reçu cette information. Il avait donc entrepris un travail d’investigation pour vérifier cette information car pour le MPP tout cadeau de Monsanto ne peut être qu’autre chose qu’un cadeau empoisonné sachant que cette multinationale est un géant des semences OGM. Pour le MPP, même quand Monsanto et le gouvernement haïtien parlaient de semences hybrides mais l’objectif réel était l’ouverture d’un marché pour les semences OGM en Haïti. Que les semences étaient transgéniques ou hybrides, cela revenait au même. Il s’agissait de la destruction des semences locales que les paysans haïtiens utilisent depuis plus de deux siècles ; il s’agissait de l’élimination de l’agriculture paysanne, la seule qui peut sauver la planète.
Après avoir identifié les semences de maïs de Monsanto dans les départements de l’Ouest et du Centre, nous nous procurions deux sacs et nous avions contacté d’autres organisations pour s’adjoindre au MPP pour lancer une mobilisation contre Monsanto et les multinationales agro toxiques. C’est le 5 Juin 2010 que nous avions organisé la grande manifestation contre Monsanto à Hinche. Cette manifestation avait mobilisé plus de 20 000 personnes. Après cette marche, il y avait eu beaucoup de débats en Haïti et aux États-Unis. Des alliés du MPP avaient facilité le voyage des dirigeants du MPP à New York et à Washington pour dénoncer l’action du projet Winner financé par USAID qui distribuaient les semences de Monsanto.
Suite à cette mobilisation, le projet était bloqué. Seulement une partie de ces semences empoisonnées étaient déjà arrivées. Le MPP avait constaté la fermeture des points de vente. Cela ne voulait pas dire que USAID n’allait pas chercher d’autres voies pour continuer le travail contre l’agriculture paysanne au profit de l’agriculture industrielle sous le vocable de ma modernisation de l’agriculture.
Chaque année, le MPP, avec la participation des autres membres de La Vía Campesina (MPNKP et TK) et d’autres organisations alliées organise des activités autour de la journée internationale de l’environnement le 5 Juin. Ces activités ont deux objectifs fondamentaux :
• Rappeler l’agression de Monsanto contre les semences paysannes en Haïti et lutter contre les multinationales agro toxiques en général qui détruisent la planète.
• Sensibiliser l’opinion publique sur la dégradation catastrophique de l’environnement en Haïti et proposer des actions concrètes pour la réfection et la protection de l’environnement pour que Haïti retrouve sa souveraineté alimentaire qu’elle a commencé par perdre au début des années 80.
2 – LES ACTIVITÉS MENÉES AU CENTRE NATIONAL DE FORMATION DE CADRES PAYSANS À PAPAYE LES 4 ET 5 JUIN 2014 PAR LA VÍA CAMPESINA HAÏTI.
Le 17 avril est le jour international de la lutte paysanne consacré par la La Vía Campesina. En Avril 2014, la mobilisation se faisait à travers la planète sur la défense des semences paysannes. En Haïti, nous avions seulement publié une note pour la presse pour fixer notre position sur la dégradation de l’agriculture paysanne, de l’environnement en Haïti qui rend le pays de plus en plus dépendant de l’importation des aliments qui atteint 60% des besoins alimentaires du pays.
Le MPP organise chaque 5 Juin une mobilisation comprenant une marche et une foire de semences paysannes dans la ville de Hinche. Cette année, il a été décidé d’inviter les gens de la ville à venir participer à des activités dans la paysannerie, notamment au Centre National de Formation de Cadres Paysans, un Centre agro écologique.
Des membres des organisations paysannes et du mouvement social venaient de toutes régions du pays pour participer aux activités. Il y avait les membres de la Brigade Dessalines venant de La Vía Campesina du Brésil, de l’Argentine et de Cuba ; une délégation de l’Articulation Paysannes composée des organisations membres de CLOC-Vía Campesina ; un groupe de stagiaires canadiens envoyé par Développement et Paix au MPP pour 2 mois ; des partenaires du MPP venant de la France, de l’Italie et des États-Unis répondaient présents aux activités qui ont débuté avec une conférence-débat sur l’accaparement des terres dans le monde et en Haïti.
Tout commençait le 4 Juin à 3h MPP. Chavannes Jean-Baptiste introduisait le thème : « L’ACCAPAREMENT DES TERRES DANS LE MONDE ET EN HAÏTI ».
Il a expliqué que la planète est frappée de nombreuses crises comme : Crise financière, crise économique, crise énergétique, crise alimentaire, crise climatique etc. Il s’agit d’après lui d’une véritable crise de civilisation, une véritable crise systémique. C’est le système capitaliste qui est en crise.
Pour faire face à ces crises on propose de fausses solutions qui ne font qu’aggraver les problèmes. L’accaparement des terres entre dans la gamme de fausses solutions proposées par les pays industrialisés et leurs multinationales pour résoudre les problèmes posés par les crises énergétiques et alimentaires dans le monde.
Dans la conférence de Rio + 20 à Rio de Janeiro en 2012, les multinationales et les pays industrialisés ont fait approuver le concept de l´économie verte ou le capitalisme vert qui vise à transformer toutes les ressources naturelles, tous les biens communs de l’humanité en marchandises. Plus de 50 millions d’hectares de terre ont changé de mains au cours des dernières années. Plus de 100 milliards de dollars sont déjà investi dans le monde dans l’accaparement des terres. 100 milliards sont disponibles dans les groupes financiers pour continuer le phénomène. On accapare les terres pour produire des agro carburants et des aliments pour les animaux principalement. On chasse les paysans dans des forêts dans le cadre des projets de REDD + (Réduction des Émission par la Déforestation et la Dégradation des forêts) visant le commerce du carbone, l’une des fausses solutions.
En Haïti, l’accaparement des terres gagnent du terrain. Des paysans venant du Nord-Est, du Nord, du Nord-Ouest, de l’Ouest, du Sud, de l’Artibonite et du Centre sont venus témoigner sur ce qui se passe chez eux. Dans le Nord-Est, des terres agricoles très fertiles sont accaparées à Ouanaminthe et Caracole pour mettre en place des zones franches, des familles paysannes sont chassées sur leurs terres pour les confier à des entreprises agricoles qui veulent produire pour l’exportation ; Dans le Sud, à l’île à vache, le gouvernement chasse des familles paysannes sur leurs terres pour mettre en place un méga projet touristique. Des paysans sont persécutés, emprisonnés ; A Leogane, dans l’Ouest, le gouvernement veut chasser des paysans sur 9000 hectares pour les donner à une multinationale de l’agrobusiness ; Dans le Nord on chasse des familles paysannes sur des terres agricoles pour construire des parcs industriels comme à St Raphaël.
Dans le Plateau central, le secrétaire d’Etat à la production végétale, a déclaré dans une conférence à l’ancienne cathédrale de la ville de Hinche le 2 Juin que le gouvernement va prendre des terres de l’Etat à Papaye, Malte Péralte pour les confier à des gens qui ont de l’argent.
Réagissant à ces nombreux témoignages, le dirigeant du MPP, Chavannes Jean-Baptiste a déclaré que le gouvernement veut éliminer la classe paysanne car enlever la terre aux paysans, c’est enlever leur vie. Il a demandé aux paysans d’aiguiser leurs machettes pour défendre leurs terres, il s’agit de l’auto défense. La défense est un droit sacré.
La deuxième conférence était donnée sur la réforme agraire. Il était introduit par un membre de la Brigade Dessalines membre de MST dont le thème de son congrès en Février dernier était : La réforme agraire populaire.
Les organisations présentes préconisent une véritable réforme agraire intégrale en Haïti. Elles entendent par réforme agraire intégrale :
• Les terres agricoles doivent être aux mains des paysans qui les travaillent pour produire des aliments sains avec des méthodes qui respectent les droits de la TERRE MÈRE. Les familles paysannes doivent avoir la certitude qu’elles ne peuvent pas être chassées de leurs parcelles.
• Des infrastructures agricoles (systèmes d’irrigation, routes agricoles, ateliers ou usines de transformation) doivent être réalisées par le gouvernement pour faciliter la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Il doit mettre en place des programmes de protection des bassins versants, des berges de rivières etc.
• Disponibilité du crédit agricole au service des familles et des coopératives agricoles à un taux intérêt de 0 % ou un taux ne dépassant 2 ou 3 % l’an.
• Assistance technique aux paysans dans les domaines de l’agro écologie, de la production végétale et animale, de la transformation des produits agricoles.
• Système d’assurance contre les désastres (cyclone, sécheresse, inondation).
• Système d’assurance de santé et de vie pour les familles paysannes.
• Un marché garanti avec des prix justes pour les produits agricoles. Cela suppose la lutte contre la contrebande et le dumping.
• Mise à la disposition des familles paysannes des services comme des écoles, des centres de santé, de l’électricité, de l’eau potable pour qu’elles n’abandonnent le milieu à cause d’une absence de services de base.
Les terres agricoles doivent être au service des familles paysannes qui doivent avoir la gestion pour produire des aliments sains et garantir la souveraineté des semences, la souveraineté nationale. La terre fait partie des biens communs collectifs au service de l’humanité. Elle ne doit pas être une marchandise.
Le 5 Juin, on a eu un panel sur la crise de l’environnement, sur les semences et la biodiversité animé par 3 cadres du MPP et 3 membres de la délégation dominicaine.
Les panélistes ont fait comprendre que la planète est en danger avec la crise climatique provoquée principalement par l’agriculture industrielle et la chaine alimentaire qui l’accompagne. Ce sont les pays riches qui produisent les gaz à effets de serre mais les pays dits en développement, les pays appauvris seront les premières victimes. Si des mesures importantes ne sont pas prises dans l’immédiat, selon les experts, la température de la planète peut monter de 2 degrés centigrades dans les prochaines années. Ce qui serait catastrophique pour toute l’humanité.
Les panélistes ont fait comprendre le rôle des semences locales dans l’environnement, dans la souveraineté alimentaire des peuples. Aujourd’hui les multinationales agro toxiques veulent convertir les semences en marchandises alors que les semences ne doivent pas être des marchandises. Elles constituent un patrimoine commun dont la gestion doit être faite par les familles paysannes et les peuples autochtones pour produire des aliments pour nourrir la planète.
Les multinationales contrôlent déjà un marché de semences évalué à 30 milliards de dollars par an. Ce marché est contrôlé pratiquement par 10 multinationales dont Monsanto, Syngenta, Cargill etc.
La délégation dominicaine a parlé sur les lois de semences que les multinationales poussent les gouvernements à adopter à travers le monde pour enlever les semences aux mains des familles paysannes. Actuellement une loi visant à priver les paysans des semences est au Parlement dominicain. Les organisations paysannes et des organisations du mouvement social dominicain sont en train de se mobiliser pour bloquer cette loi.
La Vía Campesina Internationale lutte contre la marchandisation des semences qui doivent demeurer UN PATRIMOINE COMMUN AU SERVICE DE L’HUMANITÉ, un bien dont la gestion doit être faite par les familles paysannes et les peuples autochtone pour nourrir la planète et maintenir la biodiversité. Les semences doivent être sélectionnées, conservées, partagées entre les paysannes et les paysans, entre les peuples.
3 – LES FOIRES OU LES EXPOSITIONS.
Au Centre National de Formation de Cadres paysans (LAKAY), au cours de la journée du 5 Juin, il y a eu, parallèlement aux conférences, des foires :

3.1 – Foire de semences, de plantes médicinales, de produits alimentaires, des arbres.
Pendant deux mois, l’équipe technique du MPP travaillait à l’identification de toutes les variétés de semences qui existent dans la paysannerie du Plateau central. Elle a récupéré des semences, des plantes médicinales qui sont en voie de disparition ou qu’on utilise plus. Toutes ces semences, tous ces arbres ont été exposés dans une zone boisée, décorée avec des produits alimentaires de toute sorte.
Plus de 1500 personnes qui visitaient le Centre LAKAY recevaient gracieusement un sachet contenant plus de 20 variétés de semences.
3.2 – Exposition des plantules fruitières et forestières. Une multitude de plantules fruitières et forestières étaient exposées pour rappeler la biodiversité que connaissait le pays dans le passé. Une dizaine de variétés étaient exposées. Tous les visiteurs qui pouvaient en transporter en ont reçu.
3.3 – La foire gastronomique.
En Haïti, beaucoup de recettes traditionnelles sont abandonnées. Les jeunes ne les connaissent pas. Le MPP a exposé des aliments que la grande majorité ne consomme plus ou ne connaissait point. L’objectif est la récupération et la valorisation des recettes de cuisine de nos ancêtres qui étaient exclusivement composées de produits locaux, de produits sains. C’était la souveraineté alimentaire absolue. Il s’agit de sensibiliser les gens à consommer les produits locaux, des produits sains.

Des gens venant de partout sont venus visiter, acheter à bon marché, consommer des plats traditionnels divers faits de maïs, de manioc, de patate douce, de banane, des haricots, du coco, du sésame, du giraumon, des haricots, des pois. Tout cela avec des épices traditionnelles
En quelques heures tout a été consommé. On a constaté l’engouement des gens venant des villes pour consommer des plats qu’ils ne trouvent pas chez eux. Tout le monde essayait d’acheter des aliments pour emporter.
3.4 – Exposition des produits transformés.
On a exposé une gamme de produits transformés comme le beurre d’arachide, des confitures de toutes sortes, de la cassave, du rapadou, des vins de fruits, du rhum artisanal (pi djanm) etc.
3.4 – Foire des animaux.
Le MPP avait invité les familles paysannes de la zone de Papaye à venir exposer leurs animaux et en même temps participer à un concours où les plus portants allaient gagner des prix. Il s’agissait de démontrer l’importance des animaux dans l’agro écologie.

4- VISITE DES EXPÉRIENCES AGRO ÉCOLOGIQUES AU CENTRE LAKAY.
Il était annoncé à la Radio Voix Paysanne que les visiteurs pouvaient profiter de leur passage au Centre pour visiter des expériences de production de compost : Lombriculture, Latrines compostables, engrais vert, tas de compost, guano etc.
Les visiteurs pouvaient voir l’élevage caprin sur piloti qui permet le ramassage des matières fécales comme engrais. Les cabris sont nourris uniquement avec des légumineuses. Ils ont visité des expériences de traitement des eaux usées venant des douches et de la cuisine qui sont utilisées dans la production des poissons et des légumes. Ils ont visité des citernes en ferrociment qui permettent de capter l’eau sur les toits des maisons.
Nous pouvons dire que les 4 et 5 Juin étaient des journées de mobilisation extraordinaire contre l’accaparement des terres, contre la destruction de l’environnement, contre l’agriculture industrielle, contre les multinationales agro toxiques spécialement Monsanto, contre les OGM. C’était aussi une mobilisation pour la réforme agraire, pour l’agriculture paysanne avec des méthodes agro écologiques, pour les semences natives, pour la biodiversité, pour la SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE.
Equipe communication MPP

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